La diversité, clé de l’équilibre au verger

Pour la première étape de mon parcours, je me suis rendue aux vergers du Mitan Cranne à Domagné, en Ille-et-Vilaine. J’y ai rencontré Denis Legendre qui, en plus de cueillir les pommes, cueille… les œufs. Une question m’est alors apparue : comment la diversité peut-elle bénéficier à la vie du verger ?

Haïku #1 : Les vergers du Mitan Cranne
Les pommes tombent
Près des poules qui pondent,
La vie au Verger

« Qu’est-ce-que cette petite maison qui se trouve au milieu des pommiers ? ». Voilà une question que pourraient se poser des promeneurs aux abords des vergers du Mitan Cranne, en Ille-et-Vilaine. Ces maisons, ce sont des poulaillers mobiles. Ils accueillent les poules pondeuses qui se promènent entre les pommiers pendant la journée, à côté des ruchers et des champs où pâturent les bovins. Devant tant d’harmonie, on comprend pourquoi Denis, le chef d’orchestre, a affiché sur l’un de ses hangars : « l’équilibre est dans le pré ».

Denis a repris la ferme de ses parents il y a plus de vingt ans. Alors que l’activité principale de la ferme est l’élevage de vaches laitières, il décide de planter des pommiers sur les parcelles. L’objectif est que les pommes amènent un complément de revenu. Un jour, par erreur, ses vaches entrent dans les rangs et pâturent l’herbe entre les pommiers. En constatant l’impact qu’ont ses vaches sur l’enherbement, Denis souhaite aller plus loin et décide de les laisser pâturer dans le verger à l’automne et au printemps.

La crise du lait de 2016 pousse l’éleveur breton à revoir son système d’exploitation. Il décide de cesser son activité laitière et de se concentrer sur les vergers. Il entame alors une réflexion sur la façon de complexifier son système. En plus des bovins, il décide d’ajouter des poules pondeuses dont la présence a un impact rapide sur les vergers, aussi bien en terme de gestion parasitaire, que de gestion de l’enherbement ou encore de fertilisation. Les ruches, qui favorisent la pollinisation, font aussi partie de ce système.

Les œufs et le miel produits représentent des produits supplémentaires que Denis peut proposer à sa clientèle. Il a en effet décidé de fonctionner en vente directe et fournit à la fois des restaurateurs, des magasins alimentaires et des particuliers à travers des paniers et des ventes à la ferme. Mais selon lui, « le produit n’est qu’un support pour créer du lien et des partages ». Ainsi, lorsque Denis vend ses pommes et ses jus, ses œufs et son miel, c’est aussi l’histoire de la ferme familiale et les valeurs associées à son système qu’il transmet.

Le meilleur témoin de cette histoire et de ces valeurs est sans doutes le paysage. S’intéresser aux paysages qu’offrent les vergers du Mitan Cranne, c’est s’offrir des clés pour comprendre l’évolution de la ferme et le système mis en place par Denis puisque « l’agriculture est un paysage construit, mobile et sans cesse en mouvement » (Janin, 2015). Ainsi, le paysage témoigne à la fois du passé et du présent du Mitan Cranne. Il permet aussi de percevoir ce vers quoi l’agriculture peut tendre, à savoir plus de diversité.

La ferme, initialement bocagère, a d’abord changé d’apparence en 1982 lorsque le remembrement a entrainé la suppression des haies et des arbres. Denis, qui se souvient très bien de cet événement, a donné une nouvelle impulsion au lieu en plantant les vergers. Aujourd’hui, se promener dans les vergers c’est pouvoir apprécier un paysage où cohabitent rigueur et diversité. Il est rigoureux car les pommiers, plantés en lignes régulières, créent une trame linéaire. Sur cette trame géométrique, une diversité végétale et animale se déploie, faisant du Mitan Cranne un lieu surprenant pour celui ou celle qui ouvre l’œil. Ainsi, il n’est pas rare d’apercevoir une famille de chevreuils dans les allées de pommiers, les vaches en toile de fond de ce tableau tout à fait singulier.

La diversité est sans doutes ce qui qualifie le mieux les vergers du Mitan Cranne. Elle est palpable à travers les produits proposés par Denis, qui sont le reflet de tout le Vivant qui cohabite en ce lieu. C’est aussi ce qui définit le paysage qui ne cesse d’évoluer et qui témoigne des dynamiques de l’agriculture, l’homogénéité cédant progressivement sa place à la diversité.

  • JANIN R., (2015). Vernand, l’expérience d’une ferme pensée par le paysage : vers une transition agricole, environnementale et urbaine. Passerelle : Climat : choisir ou subir la transition ?, n°13, pp. 175-181

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