Carnet de bord d’une voyageuse: « J’adore ma vie »

Lucie, étudiante voyageuse, recueille le témoignage de D’Ame Nature, petite entreprise de plantes médicinales du Lot et Garonne, nichée au milieu des grandes cultures, de l’élevage, des prunes sur de petits vallons parsemés de villages aux maisons de pierre.

« J’adore ma vie ». Le ton est donné. Le petit village de Cours, niché au cœur du Lot et Garonne, abrite désormais D’Ame Nature et ses deux créatrices, Bérangère et Marine. Il y a un an et demi, elles décident de vivre leur passion des plantes. Bérangère est formée en naturopathie et toutes deux ont suivi des formations en production et transformation. Après la rénovation d’une vieille maison de caractère, les plantations sont lancées sur une première parcelle familiale, rapidement baptisée La Garrigue. Le terrain, en pente, est argilo-calcaire, drainant et en bordure de forêt. C’est le lieu des plantes à parfum et médicinales qui aiment le soleil. 

Infusions Roulez Jeunesse et Doux Bidou

Ce sont le thym, le romarin, l’hélicryse, l’hysope, la mauve, la camomille romaine et la camomille matricaire, le coquelicot, l’origan, le bleuet, le géranium, la sauge ananas et la sauge cassis … qui se tutoient pour créer une jolie palette de couleurs qui embaume. Les plants sont encore jeunes et la parcelle en évolution, mais il faut déjà s’affairer quotidiennement aux récoltes de fleurs délicates qui s’ouvrent chaque jour. Un séchoir en bois a été construit pour permettre les transformations postérieures. La gamme de produit, toujours en cours d’élaboration, offre déjà des infusions Roulez jeunesse ou Doux bidou et tisanes en tous genres, des baumes, des sirops, des huiles, des aromates. Bérangère est en charge de la transformation, tandis que Marine gère la pépinière. Les deux femmes travaillent en restant à l’écoute quotidienne de leur corps et de leur environnement, une habitude qu’elles trouvent primordiale lorsque l’on considère l’agricole comme une passion du vivant.

Thym, romarin, hélicryse, hysope, mauve, coquelicot, géranium, sauge ananas et sauge cassis

Les deux paysannes ont également créé un coin potager, en cohérence avec leur projet agricole qui est également un projet de Vie au sens large : un moyen de subvenir à ses besoins, de partager, de prendre du plaisir dans son travail au quotidien. Cette année, les plants de tomates destinés à la vente n’ont pu trouver de preneur du fait de la crise sanitaire qui a rendu difficiles le lancement commercial. Mais qu’importe, les tomates séchées aux aromates trouveront bientôt leur place sur les étals de marché. Une autre parcelle, humide, sera bientôt mise culture pour permettre les bonnes conditions de croissance aux plantes potagères et de milieu plus humide, telles que la menthe. Au total, c’est une surface de 1,5 hectares qui sera cultivée, en plus des cueillettes en milieu naturel (sureau, noisetier, millepertuis, …). Un bel avenir aromatique en perspective !

Le Lot et Garonne dynamique

Non loin de là, sur un colline dominant la vallée, se tient tous les mardis soir la vente de pain au Soleil Levain. Un pain de farine locale et… au levain. Quelques chaises sont installées à côté du point de vente, c’est aussi le rendez-vous papotage en plein air de la semaine. Juste à côté, une salle associative, la Tulipe du Mouligné, accueille des stages, des réunions. Plus qu’une boulangerie, le couple a créé autour de la boulangerie un lieu dynamique et convivial.

Pendant le confinement, comme sur de nombreux territoires, une cagette a été mise en place. L’objectif est double : permettre aux producteurs de continuer leurs ventes, et permettre aux consommateurs de s’approvisionner en produits locaux de qualité. Les clients composent leur cageot sur internet : yaourt, vin, tisane, légumes, viande, sauce tomate, pâtes, farine, … et viennent récupérer leurs produits en drive aux horaires indiqués. Alors que certaines cagette n’ont pas survécu au déconfinement, à Pujols les agriculteurs décident de poursuivre les efforts. La solution d’urgence déployée par l’ADEAR (Association pour le développement de l’emploi agricole et rural) prendra peut-être la forme d’une association, afin de développer les moyens de stockage et de livraison, de sensibilisation du grand public, de création d’un esprit collectif.

« Je suis 10 heures par jour au jardin mais je ne travaille jamais »

Karina, le loup blanc du territoire. Une femme engagée dans de multiples associations, touchant de près ou de loin à l’agriculture. Une paysanne qui vit du maraîchage et des pruniers d’ente. « Je suis 10 heures par jour au jardin, mais je ne travaille jamais », car elle n’associe pas son activité à un labeur déplaisant. « Si on veut que les choses changent, il faut commencer par faire soi même ». Alors la maraîchère fait elle même, tant son itinéraire technique de culture, que ses outils. Tout est adapté à son terrain, à sa manière de travailler. Le travail du sol est minimal, et les planches de cultures diversifiées. Il n’y a pas de temps pour le désherbage: Karina réfléchit son système pour que son désherbage, ce soit le mesclun vendu sur les marchés : entre les haricots poussent du plantain, de la laitue ou de la moutarde. En somme, un champ à l’image de sa gestionnaire, terriblement efficace. Une petite jungle qui surprend d’ingéniosité lorsque l’on observe en détails.

– – – – – – 

L’auteure

Quelles pourraient-être l’agriculture et la société, si elles ne s’étaient pas développées ces dernières années dans un système occidental mondialisé ?

Lucie Maurel est passionnée par les voyages, l’étude des communautés humaines traditionnelles et leur lien avec l’agroécologie. Elle réalise ce projet lors de sa césure d’ingénieur agronome en 2020, soutenue par le projet AgroSys de son école Montpellier SupAgro, et fait partie du projet Les Agron’Hommes.

Découvrez le le blog Medium de Lucie: https://medium.com/@maurelucie

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

3 − deux =